L'amas incohérent de
spectres et de charmes, D'amantes et de croix, de baisers et de larmes, De vierges, de bourreaux, de vampires hurlans, De tombes, de bandits, de cadavres sanglans, D'ivrognes, de charniers, de gibets, de tortures, Et toutes ces horreurs, ces hideuses peintures Que, sous le cauchemar dont il est oppressé, Un malade entrevoit, d'épouvante glacé...
1839. Vernet est à Versailles où il travaille à la
salle des Constantine, on sait aussi qu’il à reçu le premier acompte de ses
travaux pour la chambre des députés - la salle des pas perdus - et que les
paiements s’échelonnent jusqu’en Septembre. A ce moment, 1839, sa femme est en Italie auprès de sa fille - on ne sait pas
grand chose là dessus… Il est aussi très contrarié que le roi
n’ait pas voulu lui confier une nouvelle mission en Algérie. Il se prépare donc
à un nouveau voyage en Orient pour y chercher des sujets de tableaux. Il y part
un moi plus tard. Le sujet de Lénore est certes
« romantique », mais il m’a tout de même semblé bien éloigné des
grandes scènes de batailles flamboyantes, et ce, aux plusieurs points de vues
que je détaillerai un peu plus tard. En fait, le mouvement romantique à
plusieurs têtes.L’Orient est certes un sujet romantique - Fantasia
arabe de Delacroix, intensité, mouvement, tension, touche - lui aussi était
allé étudier l’Afrique du Nord…Mais il existe un romantisme plus
sombre aussi, dans le genre de Lénore… - dont Gros est le pionnier : Christine
Boyer, Sapho… Un romantisme complètement lié à la littérature.
Le dernier né du romantisme, si l’on peut dire,
c’est le genre fantastique. Il a sûrement germé au sein de l’enthousiasme, de
l’idéalisme et de la combativité romantique….puis, un peu plus tard, des
désillusions politiques, sociales, ontologiques de l’après 1830. Pierre
Georges Castex, qui est l’un des premier grands spécialistes du fantastique en
France, voit dans le fantastique une littérature de réaction, d’oppositions
même, au siècle des lumières, à l’esprit jugé trop rationalistes des
philosophes qui proclament le triomphe de la raison - et qui donc ont évincé
tout ce qui pouvait faire parti des croyances surnaturelles et du domaine de la
superstition… Nodier, lui, en 1830, se veut le « théoricien
du genre fantastique » => Du fantastique en littérature. Ce même
Nodier fait du fantastique une littérature des temps de crises, et
principalement de ceux qui ont succédé à la révolution - ici, on peut penser à
la révolution de 1830. Pour lui, le fantastique est originellement lié à
l’Allemagne « l’Allemagne a été jusqu’à nos jours le domaine favori du
fantastique. Elle a complété l’histoire psychique de l’homme. » Une
vision un peu restreinte cependant : faut quand-même pas oublier d’autres
influences, l’Angleterre par exemple, avec ses romans « gothiques »/
« romans noirs »…
Le romantisme fantastique défini le fameux
« mal de siècle » : nostalgie, mélancolie, ennui… En fait, l’on
tente de fuir tout ça, en se noyant dans l’Étrangeté la plus complète. Une
inquiétante étrangeté pour reprendre les mots de Freud… Le
fantastique à ceci qu’il semble être une catégorie des plus problématique.
Chacun - j’entends par là, les spécialistes du genre - à tendance à construire
sa propre définition en y ajoutant des variantes. Bref, je ne
développerais pas d’avantage ces polémiques à ce sujet, au risque de faire de
cet exposé un vaste commentaire sur les mouvements littéraires du XIXe
siècle !
Madame
de Staël, celle par qui l'Allemagne arriva :
Elle est née à Paris en 1766, et c’est la fille de
Necker, le ministre de Louis XVI. Très tôt elle devient une érudite très
cultivé - mère tient des salons littéraires. Elle a connu
assez peu la révolution puisqu’elle préfère aller se réfugier en Suisse chez
son père, à Coppet… Cependant, elle revient en 1796 à Paris, et
publie son traité de L’influence des Passions sur le bonheur, en 1800,
son livre de La littérature considérée dans ses rapports avec les
institutions sociales… Comme sa mère, elle tient un salon
littéraire, mais qui s’attire très vite les foudres de Napoléon - ce salon est
un foyer d’opposition bonapartiste… Elle est pour ainsi dire
privée de territoire, et c’est ainsi qu’en grande et curieuse voyageuse, elle
visite l’Allemagne, où elle connu Goethe et Schiller, l’Italie, l’Autriche…
A son retour à Coppet, en Suisse, elle a désormais des liaisons brillantes, et
reçoit une société cultivées et somptueuse… fruit de ses divers contacts en
Europe. C’est à ce moment, donc à son
retour, qu’elle écrit De l’Allemagne, en 1810. Là encore, lorsqu’elle
tente de publier son ouvrage en France, il est saisi par la police impériale !
…un livre célébrant les vertus de l’Allemagne, un livre contre l'esprit de
conquête, ne pouvait que provoquer les réactions de Napoléon ! L'ouvrage
comporte quatre parties: l'Allemagne et des mœurs des Allemands; De
l'Allemagne et des arts;
et la morale; la Religion; l'enthousiasme. Et c’est ainsi qu’elle révèle au français une
Allemagne inconnue, certes légèrement idéalisée, mais décidément inspiratrice !
Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que, après De l’Allemagne,
les gens vont penser que le romantisme EST la littérature allemande. On voit
ici le rôle capital et l’influence de madame de Staël - de plus elle est une
des rares à avoir évoqué le romantisme, et c’est sûrement pour cela qu’on a
retenu SON image et SA vision de la chose… On peut aussi noter le
grand succès du romantisme en France. Le succès est immédiat ! On peut penser
que les français avaient besoin d’une sorte d’ « évasion »
peut-être… L’on a tendance à rapprocher la littérature romantique d’un genre
plus « proche des hommes ». En tout cas, elle est plus fantaisiste et
plus onirique, et le vocabulaire - celui de la ballade de Lénore par exemple, n’a rien
d’alambiqué, au contraire, il est simple, rythmé, attrayant… Rien à voir avec
la littérature dite « classique ».
Un thème inhabituel et tardif chez Vernet: le romantisme noir
Mais, revenons à Vernet, il a fréquenté le
salon de madame de Staël dans les années 1813-1814, ce qui correspond à
l’époque où elle s’intéressait à l’œuvre du poète allemand… Gottfried Bürger
(1747-1794), l’auteur de Lénore précisément. Un auteur très
inspiré par le folklore des pays du nord, les légendes et par le conte populaire,
le « Volksmärchen ». Et madame de Staël a fait un assez long
commentaire de l’œuvre de Bürger, dans De l’Allemagne - qui sera
finalement publié en 1814. Et précisément, elle insiste sur sa
fameuse Ballade de Lénore, publiée à l’automne 1773, dans l’Almanach
des Muses : c’est d’ici que débute véritablement le grand succès de cette
ballade, et d’où va naître un genre littéraire complètement nouveau.
Lénore est inspirée d’une autre ballade, publié quelque temps avant, en 1765,
par Percy. Percy, c’est un érudit britannique, il a recueilli et édité
d'anciennes ballades sous le titre de Reliques de l'ancienne poésie anglaise
dont l’une correspond à celle de Lénore : Sweet William's Ghost. Un
recueil d’inspiration donc. A partir de là, cette ballade a un très grand
succès, et une diffusion rapide à la fin XVIIIe, début XIXe. C’est un
classique, comme on dirait.
Aussi, l’on peut dire que Lénore est
romantique, car l’histoire - comme la toile d’ailleurs ! - réunie les motifs du
romantisme fantastique - cimetière, amant, cadavre, chevauchée, nuit… Et par
conséquent, Lénore réuni tout ce qui relève des critères du « romantisme
allemand » aux yeux des français de l’époque (1ère moitié du
XIXe ), et avec lequel on peut établir des parallèles avec les
poèmes d’Ossian, ou les écrits de Byron… Lénore,
est un drame romantique littéraire par excellence. Nous sommes
dans un univers « normal », l'action de Lénore se déroule en 1763, à
l'issue de la guerre de Sept ans (1756-1763) après la paix de Hubertsbourg. Le
pays voit rentrer ses troupes de soldats. Rien n’est plus légitime… C’est la
règle de ce genre de récit : la règle du réalisme et de la vraisemblance. Une
réalité historiquement repérable par rapport aux remous de l’histoire…
Seules quelques perceptions négatives ne pourront être interprété qu’a
posteriori - ici, à partir du blasphème de Lénore. Puis,
survient l’événement perçu comme extraordinaire: ici, c’est un truc
complètement aberrant, quelqu’un frappe, Lénore va ouvrir, et qui est là : son
fiancé ! Il demande à Lénore de le suivre aussitôt. A ce moment, on doute de
quelque chose… Déjà, c’est inquiétant ce retour du fiancé. On peut
noter tout le symbolisme qui va avec… il est minuit pile en plus, lorsque le
chevalier arrive… Traditionnellement, « l’instant fantastique » à
lieu à cette heure - le lecteur n’est pas dupe lui. Minuit, c’est l’heure
intermédiaire, le temps de l’horloge et le temps mythique… Les
péripéties : concernent la chevauchée fantastique. Une fois Lénore montée en
croupe, le cheval part au grand galop, ils détalent vers des terres inconnues,
étrangères, ou nouvelles… Lénore est morte de peur, le cheval galope encore
plus vite. Et le fiancé ne sait dire que cela, l’enivrante leitmotiv : « les
morts vont vites, les morts vont vites ! ». Enfin, la
situation finale : la porte du cimetière s’ouvre toute seule lorsque le
chevalier y frappe… le cheval et le chevalier se désagrègent et deviennent des
morts vivants, et le sol s’entrouvre pour y engloutir tout ce petit monde… L’émotion ne naît pas forcément de la croyance.
Tout est normal autour de cela, si ce n’est le retour du fiancé, mort, et la
fin tragique des deux amants dans le cimetière. La raison reste en expectative.
Car on ne sait pas trop à quoi s’en tenir, ni comment interpréter véritablement
le récit de cette ballade. Et c’est là le propre du fantastique, tel que le
défini Todorov, LE grand spécialise actuel du genre…
Ce genre littéraire a donc inspiré
Horace Vernet. Cependant, je le rappelle, de façon vraiment tardive.
Vernet a été un « romantique » comme on l’a dit, mais il avait
abandonné ce mouvement avant 1830. Mais il semble malgré tout que certaine de
ces œuvres aient conservé le « style des années 20 ». Et c’est ce
qu’illustre parfaitement notre présente toile, La ballade de Lénore, qui
cette fois appartient à ce qu’on a voulu nommer le « romantisme
noir » - qui a été peinte en 1839 je le rappelle. Et cette ce
tableau de Vernet a su rendre à cette ballade de Bürger la tonalité vraiment
saisissante de ce drame, drame qui plus est, archétype du romantisme allemand.
Pourquoi ? Notamment par cette atmosphère médiévale - même si l’on a
vu que l’action du texte de Bürger se passe au XVIIIe siècle… Donc Vernet à
probablement préféré re-situer le déroulement de l’action dans un contexte
plus… romantique au sens primitif du terme. Le romantisme ayant quelques
tendances à exploiter le genre de décors ou de situation d’énonciation dit
« gothique ». A rapprocher du « style troubadour » né à la
fin du XVIIIe avec les élèves de David et sous la Révolution et l’Empire, style avait mit au goût du jour les scènes médiévales. Et rendu
populaire par les écrits genre : notre dame de Paris, Génie du christianisme
etc. Dans le but de trouver de nouveaux thèmes pour la peinture d’Histoire.
Ce qui explique l’accoutrement de l’amant spectre ici présent, en armure
médiévale. Ils ne sont plus tellement habillés comme ça au XVIIIe…
On constate qu’une génération de peintres romantiques ont une grande
fascination pour les ruines - rdv galants au milieu de vestiges ou de
cimetières, le goût des cryptes, des chapelles, des grottes aussi…
La poète allemand Novalis (1772-1801) avait déclaré que dans tout chef d’œuvre,
le « chaos devrait briller à travers le voile de l’ordre ». Ce
genre de fascination pour la ruine et le chaos sont probablement en opposition
avec le genre « champêtre » ou « pastoral », genre
trop identifié avec le style « rocaille » de la cour de Louis XV…
Et c’est ainsi que d’assez nombreux peintres, qualifiés de « gothique
romantique » se sont adonnés à quelques scènes du genre, ou de simples
peinture de paysages, comme Friedrich par exemple, ses cathédrales en ruines… Cf.:
Expo mélancolie.
Le
paroxysme de l’horreur :
Vernet à opté pour la représentation de l’avant
dernière scène de la ballade, qui se déroule justement dans un cimetière,
colonisé par le lierre et les ronces… Et ce moment choisit par Vernet est le
paroxysme de l’horreur, c’est à dire le moment où Lénore s’aperçoit de l’état
de son fiancé !
L'atmosphère est inquiétante. Dans le tableau, sont réuni des symboles du récit
noir et fantastique de l’époque. Donc, le cimetière bien sûr, avec le tombeau
avec un gisant que le cheval franchit (Cf. : un gisant du Louvre =
ressemblance avec celle de Charles V, 1374, église de Maubusson) un
tombeau du moyen âge donc. Les croix sombres des autres tombes au second plan…
A l’arrière plan on peut voir assez peut distinctement un cortège assez
sinistre, avec des moines - que l’on reconnaît à leurs capuchons - ils portent
un cercueil - au dessus de la tête du cheval - et aussi une assez vague
cathédrale gothique, une lune aussi qui apparaît derrière… On discerne même un
petit hibou qui observe la scène, et dont les yeux brillent. En gros, tous les
détails macabres qui peuvent coller avec le destin tragique de Lénore. Cette scène évoque la terreur suprême. On notera
que Vernet à légèrement adapté la ballade : ici, Lénore, les cheveux à demi
dénoués, est en train de soulever le heaume de son amant - dans la ballade, on
nous dit juste que l’amant et le cheval se désagrègent, mais pas que Lénore
porte la main pour ouvrir ce heaume. En fait, le geste de Lénore
intensifie le dramatisme de la scène; c’est elle même qui, par sa curiosité
s’aperçoit de l’état…très avancé de son fiancé. ça ajoute un
mouvement de plus à la composition : tout bouge, le cheval - sans rêne -qui
saute par dessus la tombe, Lénore donc, qui ouvre le heaume, et le chevalier
qui retient la main de Lénore pour l’empêcher de s’enfuir, sûrement…
Mais surtout je pense, cet épisode nouveau à permis
à Vernet un travail sur la puissance d’un éclairage assez particulier; le
tableau ne semble éclairé que par la seule face hideuse du chevalier-squelette,
emportant sa fiancée vers une fin fatale. Le tableau est quasi monochrome. Les
influences du procédé lithographique auraient pu « déteindre » sur la
peinture de Vernet. Il existe à l’époque de très nombreuses litho
en couleurs, mais il est quand même vrai que le noir et blanc est aussi très
courant - Ex: Metzengertein dans le genre chevauchée infernale n’est pas
mal non plus - nouvelle de Poe qui était aussi devenu un sujet de fantasme pour
Roger Vadim, bref… On pourrait se demander pourquoi Vernet n’a pas directement
fait une lithographie… Mais rien qu’à y regarder le visage
squelettique de l’amant presque translucide, il est incontestable que cet
« exercice de style » rends l’ensemble de la composition réellement
plus macabre qu‘un simple traitement en noir et blanc ! Ca accroît complètement
l’effet ! Vernet maîtrise cette luminosité angoissante et fantastique - qui
éclaire violemment le visage de Lénore, et qui met en relief l‘armure et
reluire la robe du cheval aussi… Par cette exemple, il est vrai -
et surtout pour ce genre de scènes - que, comme le dit Marcel Brion, cité dans
la thèse de Claudine Renaudeau, on puisse parler de « souplesse et de
moelleux des noirs » et de lithographie en tant que « moyen
d’expression aussi efficace que la polychromie ". D'où une recherche, un exercice de Vernet sur la
couleur certainement. Parce que je le rappelle, la couleur, ou plutôt la
polychromie occupe une place de choix dans son œuvre… Avec cette lumière
presque « phosphorescente » qui émane des orbites du mort
et ces quelques troués rougeâtres du ciel étrange, qui renforce l’effet morbide
de la scène. En même temps, cette presque seule source de lumière,
qui plus est vraiment intense, attire franchement le regard du spectateur; donc,
ça veut dire que si on regarde cette lumière, c’est qu’on regarde aussi ce que
vient de découvrir Lénore: donc, le but ici voulu que le spectateur
s’identifie, ou qu’il soit au moins autant surpris que Lénore !
Du
mouvement, de l’impulsion, un sujet cher à Vernet qu’il avait déjà mis en œuvre
dans ces batailles :
L’idée de représenter une scène avec un cheval
n’est pas anodin pour Vernet. Déjà, on sait qu’il aime faire du cheval, il en
fait avec son ami Géricault… et tous deux font des folies et prennent de gros
risques d‘ailleurs ! En peinture, on l’a vu, il s’est donné à cœur
joie de peindre des scènes équestres pleines de fougue dans ses scènes
orientales de batailles romantiques.« Lorsqu’il peint des
chevaux, qu’il s’agisse de batailles médiévales ou modernes, de fables
poétiques, il se livre, comme Gros, Géricault et Delacroix, à cette identité
romantique, avec la fureur des bêtes sauvages dont l’intensité des sentiments
égale celle des acteurs humains du drame. »Ce cheval est
un peu fabuleux ici… C’est vrai que, lorsqu’on regarde, lui aussi a un certain
genre d’expression. Cette idée du cheval de la Mort /
cheval de l’Apocalypse… Vernet profite de cette scène d’horreur
pour accorder une recherche, un travail sur le sentiment peut-être même: la jeune
femme, air terrifié, horrifié. Et le sentiment d’un animal, en l’occurrence, le
cheval.
* * *
Remarque de Virgile Jos : « le petit hibou
qui jubile dans les ronces, la lune pâle qui fait herse derrière la vague
cathédrale gothique… Dites si jamais le romantisme délirant a atteint cette
expression ! ».
Un « exercice » de style ? - sur la
couleur, sur l’adaptation en peinture d’une ballade à la mode et de sa course
fatale…? Ou bien une manière d’exorciser ses « fantômes de Constantine »
comme le suggère Claudine Renaudeau ? Une façon de passer à autre chose, de
faire une transition, avant son voyage en Orient ? Bref, il en
résulte un autre type de romantisme, le romantisme connu comme allemand aux
yeux des français de l‘époque, celui de la mélancolie des ruines, du ravage de
la passion amoureuse et de la détresse infinie… En tout cas, il en
résulte, à mon sens, une traduction aussi étonnante qu’admirable de cette
ballade allemande.
dimanche 25 mai
Taxidermie mon amie
Le soliloque de l'empailleur
Le musée de la chasse et de la nature - oui, dit comme ça, ça craint (mais!):
Dans les années 90, ce musée, emprunt d’un propos vaguement encyclopédique - voir très « Bouvard et Pécuchet » – est à bout
de course. Lorsque Jacqueline Sommer meurt – oui, c’était bien la femme du
fabriquant de matelas - elle nomme son successeur. Mais il était pressant de
changer la réputation de ce musée insipide et ringard, qui n’attirait même
plus les chasseurs de canards…
Il fallait en redéfinir le sens – qui,
entre colonialisme et collectionnite n’était plus très clair. Le malheureux
Claude d’Anthenaise, est alors nommé à la conservation de ce triste musée – et
là, tu te demandes ce qu’il t’a pris de passer l’un des concours les plus
difficiles de France… Et ben le bougre, après un p’tit moment de stupeur, il
reprend vite ses esprits ! Il commence alors un tour d’Europe des musées de
chasse et de nature, pour trouver l’Inspiration.
Il en revient illuminé :
ce musée sera « une promenade en forêt » doublé d’un cabinet de curiosité. A savoir : une virée dans des period room Louis XV et
Louis XVI agrémentées – entre autre – d’anachronismes et d’animaux empaillés, et
des cabinets absolument déments, où par exemple, un pommeau de douche côtoie
des happeaux, un salon donne des preuves incontestables de l’existence des
licornes… Pari réussi: ce musée pas du tout conventionnel vaut vraiment le
détour. En plus, il est dans la
Marais: l'occasion d'une autre ballade...
Karren Knorr et ses photos :
L'occasion de pondre, avec Adrien - oh la bougresse - ceci.
La nouvelle qui tue :
Je viens d'apprendre que l'une de mes boutiques préférés à complètement brûlé. Avec tout son contenu magnifique. Je n'arrive pas à y croire. C'est parfaitement HORRIBLE !!! La boutique en question, c'est mon fournisseur de papillons : La maison Deyrolle. Tu vois monsieur Jabre, il n'y aura pas de prochaine fois...
Quel insupportable gâchis ! (Ci-dessus, mes survivants...)
jeudi 01 mai
BloodArt
Avril 2008: "Bloody kisses" [sang, papier, Leica et Photoshop]
dimanche 27 avril
Bloodworks
De l'art contemporain où j'irai bien:
"Welcome in Albion !"
En plus de s'être bêtement fait
embastillé et donc, de ne pas figurer parmi les invités des Papillons de nuit, Pete n'est
qu'un sale copieur ! J't'en foutrais, moi, des poètes maudits, des écorchés
vifs, des dandy décadents ! Pete peint avec son sang... Bon, entre autre, il me
semble qu'il y a quelques dessins plus décents à l'encre et des photographies.
Mais tout de même... Pfff. Moi, j'le faisais avant !
21 rue Chappe
75018 Paris Everyday from 2.00pm to 8.00pm
lundi 17 mars
Adolphe
Adolphe bercé par Schumann
"Un marivaudage tragique où la
difficulté n'est point, comme chez Marivaux, de faire une déclaration
d'amour, mais une déclaration de haine." Stendhal
Adolphe, ne
m’inspirant en rien, n’avait jamais retenu mon intention. Adolphe, je ne
l’avais jamais ouvert pour savoir ce qu’il contenait. A propos, j’ai toujours
trouvé troublant de nommer le livre par un prénom. L’ouvrage devient à lui-même
un personnage. LE personnage. Par exemple, on va dire : « où qu’il est
Adolphe ? ». Que penser lorsqu’il s’agit de Moby Dick ! On va
croire que tu cherches une baleine dans ton sac !
En plus de
l’exhorter à sortir de son terrier, on le feuillette, Adolphe. En écartant ses
pages, on l’éventre. On lui barbouille la tronche de stylo bic et autres
stabilos. Et puis, impitoyable, on le vivisectionne. Pauvre Adolphe, comme il
devient indécent de lire les mots dans ta carcasse entrouverte ! Bref. Il me
fallut entendre qu’il illustre l’un des cours de licence à Caen pour
qu’Adolphe sorte de son impassible refuge. Que j’ouvre Adolphe. Et que je me
plonge en Adolphe.
Et bien Adolphe tu vois, ça déchire sa race comme bouquin. Dans
Adolphe, tout est simplement exprimé, exactement décrit, parfaitement analysé.
Déchirant de justesse, Adolphe tend à l’universel.
En 2002, Benoît
Jacquot tourna Adolphe. Parce qu'Adjani le demanda. Le scénario invoque généreusement les phrases marquantes du
roman. Sollicite les moments qui vont effleurer le spectateur adulte. Le film
est agréablement reçu. On le trouve inquiétant, à fleur de peau, poignant. Mais
n’est-ce pas, après l’Adjani, Constant que l’on célèbre à nouveau ? Qui,
de nos jours, pondrait un scénario aussi touchant ? Pour moi, Benoît
Jacquot n’adapte pas. Benoît Jacquot fait son peintre et ne prend aucun risque. Assisté d’une équipe exercée,
il illustre. Et parfois, de bien belle manière.
La plus jolie, pour moi, ce
sont les pathétiques premières secondes du film. L’Adjani, drapée comme une
morte derrière le Merhar appelle Adolphe. Désespérément. Le Mehrar ne l’entend
pas, la voit seulement. Alors, le Merhar se retourne. La caméra s’éloigne. Le
Mehrar est devant un miroir. Retour de point – enfin, floutage de l’arrière
plan et donc du miroir et de l’Adjani. Changement de plan, on suit le regard du
Mehrar : il n’y a rien derrière lui. Noir. Générique du début.
Une fantaisie de Jacquot consiste donc commencer son film par une scène "hors livre". Cet instant, original et dépouillé, illustre désormais l'existence d'Adolphe après la mort de la gentille Elénore, qui, tel un spectre, n'en fini pas de le poursuivre. Joli film, mais pas grand chose en commun avec la lecture du livre.
* * *
"Adolphe,
pourquoi vous acharnez-vous sur moi ? Quel est mon crime ? De vous aimer, de ne
pouvoir exister sans vous. Par quelle pitié bizarre n'osez-vous rompre un lien
qui vous pèse, et déchirez-vous l'être malheureux près de qui votre pitié vous
retient ? Pourquoi me refusez-vous le triste plaisir de vous croire au moins
généreux ? Pourquoi vous montrez-vous furieux et faible ? L'idée de ma douleur
vous poursuit, et le spectacle de cette douleur ne peut vous arrêter !
Qu'exigez-vous ? Que je vous quitte ? Ne voyez-vous pas que je n'en ai pas la
force ? [...] Est-il un pays où je ne vous suive ? Est-il une retraite où je ne
me cache pour vivre auprès de vous, sans être un fardeau dans votre vie ? Mais
non, vous ne le voulez pas. Tous les projets que je propose, timide et
tremblante, car vous m'avez glacée d'effroi, vous les repoussez avec
impatience. Ce que j'obtiens de mieux, c'est votre silence. Tant de dureté ne
convient pas à votre caractère. Vous êtes bon ; vos actions sont nobles et
dévouées : mais quelles actions effaceraient vos paroles ? Ces paroles acérées
retentissent autour de moi : je les entends la nuit ; elles me suivent, elle me
dévorent, elles flétrissent tout ce que vous faites. Faut-il donc que je meure,
Adolphe ? Eh bien, vous serez content ; elle mourra, cette pauvre créature que
vous avez protégée, mais que vous frappez à coups redoublés. Elle mourra, cette
importune Ellénore que vous ne pouvez supporter autour de vous, que vous
regardez comme un obstacle, pour qui vous ne trouvez pas sur la terre une place
qui ne vous fatigue ; elle mourra : vous marcherez seul au milieu de cette
foule à laquelle vous êtes impatient de vous mêler ! Vous les connaîtrez, ces
hommes que vous remerciez aujourd'hui d'être indifférents ; et peut-être un jour,
froissé par ces coeurs arides, vous regretterez ce coeur dont vous disposiez,
qui vivait de votre affection, qui eût bravé mille périls pour votre défense,
et que vous ne daignez plus récompenser d'un regard."
Musique : R. Schumann, Quintette avec pianos opus 44.
mardi 26 février
Ardenne (suite)
Et puis une pouf, tiens. Gratos :
Blood art
Le blood'Art. Une activité sissinienne des années 2003 à ce jour. Un Art hautement facilité par ses saignements de nez. Après avoir sniffé quelques traits bien tassés:
Et la plus impressionnante pour finir :
...nan, je déconne pour la dernière. Il s'agit d'une de mes photos prise devant la Sorbonne, en plein blocage (CPE). mdr lol ptdr kikoolol
Fufu (kikoolol mdr)
Un gros rat croisé chameau au stylet (msn)
Le même. Style portrait de Fayoum.
Vanity Fair: ‘The Hollywood Issue’
Oh, c'est rigolo !! C'est dans le Vanity Fair de ce mois ci. C'est vrai que Hitch, ça pête quand même plus que Pirates des Caraïbes, bien que je casserai tout de même bien les petites pattes arrière des deux recrues mâles...