What the fuck ?

Blog politique, fantasmique, artistique et modastique (wha la vache !)

dimanche 06 juillet

Vernet 1839

L'amas incohérent de spectres et de charmes,
D'amantes et de croix, de baisers et de larmes,
De vierges, de bourreaux, de vampires hurlans,
De tombes, de bandits, de cadavres sanglans,
D'ivrognes, de charniers, de gibets, de tortures,
Et toutes ces horreurs, ces hideuses peintures
Que, sous le cauchemar dont il est oppressé,
Un malade entrevoit, d'épouvante glacé...

Baour Lormian, 1825


La ballade de Lénore


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L'histoire, ici.

 1839. Vernet est à Versailles où il travaille à la salle des Constantine, on sait aussi qu’il à reçu le premier acompte de ses travaux pour la chambre des députés - la salle des pas perdus - et que les paiements s’échelonnent jusqu’en Septembre. A ce moment, 1839, sa femme est en Italie auprès de sa fille - on ne sait pas grand chose là dessus… Il est aussi très contrarié que le roi n’ait pas voulu lui confier une nouvelle mission en Algérie. Il se prépare donc à un nouveau voyage en Orient pour y chercher des sujets de tableaux. Il y part un moi plus tard. Le sujet de Lénore est certes « romantique », mais il m’a tout de même semblé bien éloigné des grandes scènes de batailles flamboyantes, et ce, aux plusieurs points de vues que je détaillerai un peu plus tard. En fait, le mouvement romantique à plusieurs têtes. L’Orient est certes un sujet romantique - Fantasia arabe de Delacroix, intensité, mouvement, tension, touche - lui aussi était allé étudier l’Afrique du Nord… Mais il existe un romantisme plus sombre aussi, dans le genre de Lénore… - dont Gros est le pionnier : Christine Boyer, Sapho… Un romantisme complètement lié à la littérature.

Le dernier né du romantisme, si l’on peut dire, c’est le genre fantastique. Il a sûrement germé au sein de l’enthousiasme, de l’idéalisme et de la combativité romantique….puis, un peu plus tard, des désillusions politiques, sociales, ontologiques de l’après 1830. Pierre Georges Castex, qui est l’un des premier grands spécialistes du fantastique en France, voit dans le fantastique une littérature de réaction, d’oppositions même, au siècle des lumières, à l’esprit jugé trop rationalistes des philosophes qui proclament le triomphe de la raison - et qui donc ont évincé tout ce qui pouvait faire parti des croyances surnaturelles et du domaine de la superstition… Nodier, lui, en 1830, se veut le « théoricien du genre fantastique » => Du fantastique en littérature. Ce même Nodier fait du fantastique une littérature des temps de crises, et principalement de ceux qui ont succédé à la révolution - ici, on peut penser à la révolution de 1830. Pour lui, le fantastique est originellement lié à l’Allemagne «  l’Allemagne a été jusqu’à nos jours le domaine favori du fantastique. Elle a complété l’histoire psychique de l’homme. » Une vision un peu restreinte cependant : faut quand-même pas oublier d’autres influences, l’Angleterre par exemple, avec ses romans « gothiques »/ « romans noirs »…

Le romantisme fantastique défini le fameux « mal de siècle » : nostalgie, mélancolie, ennui… En fait, l’on tente de fuir tout ça, en se noyant dans l’Étrangeté la plus complète. Une inquiétante étrangeté pour reprendre les mots de Freud… Le fantastique à ceci qu’il semble être une catégorie des plus problématique. Chacun - j’entends par là, les spécialistes du genre - à tendance à construire sa propre définition en y ajoutant des variantes. Bref, je ne développerais pas d’avantage ces polémiques à ce sujet, au risque de faire de cet exposé un vaste commentaire sur les mouvements littéraires du XIXe siècle !

Madame de Staël, celle par qui l'Allemagne arriva :

 Elle est née à Paris en 1766, et c’est la fille de Necker, le ministre de Louis XVI. Très tôt elle devient une érudite très cultivé  - mère tient des salons littéraires. Elle a connu assez peu la révolution puisqu’elle préfère aller se réfugier en Suisse chez son père, à Coppet… Cependant, elle revient en 1796 à Paris, et publie son traité de L’influence des Passions sur le bonheur, en 1800, son livre de La littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales Comme sa mère, elle tient un salon littéraire, mais qui s’attire très vite les foudres de Napoléon - ce salon est un foyer d’opposition bonapartiste… Elle est pour ainsi dire privée de territoire, et c’est ainsi qu’en grande et curieuse voyageuse, elle visite l’Allemagne, où elle connu Goethe et Schiller, l’Italie, l’Autriche… A son retour à Coppet, en Suisse, elle a désormais des liaisons brillantes, et reçoit une société cultivées et somptueuse… fruit de ses divers contacts en Europe.  C’est à ce moment, donc à son retour, qu’elle écrit De l’Allemagne, en 1810. Là encore, lorsqu’elle tente de publier son ouvrage en France, il est saisi par la police impériale ! …un livre célébrant les vertus de l’Allemagne, un livre contre l'esprit de conquête, ne pouvait que provoquer les réactions de Napoléon ! L'ouvrage comporte quatre parties: l'Allemagne et des mœurs des Allemands; De l'Allemagne et des arts; et la morale; la Religion; l'enthousiasme. Et c’est ainsi qu’elle révèle au français une Allemagne inconnue, certes légèrement idéalisée, mais décidément inspiratrice ! Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que, après De l’Allemagne, les gens vont penser que le romantisme EST la littérature allemande. On voit ici le rôle capital et l’influence de madame de Staël - de plus elle est une des rares à avoir évoqué le romantisme, et c’est sûrement pour cela qu’on a retenu SON image et SA vision de la chose… On peut aussi noter le grand succès du romantisme en France. Le succès est immédiat ! On peut penser que les français avaient besoin d’une sorte d’ « évasion » peut-être… L’on a tendance à rapprocher la littérature romantique d’un genre plus « proche des hommes ». En tout cas, elle est plus fantaisiste et plus onirique, et le vocabulaire - celui de la ballade de Lénore par exemple, n’a rien d’alambiqué, au contraire, il est simple, rythmé, attrayant… Rien à voir avec la littérature dite « classique ». 

Un thème inhabituel et tardif chez Vernet: le romantisme noir

Mais, revenons à Vernet, il a fréquenté le salon de madame de Staël dans les années 1813-1814, ce qui correspond à l’époque où elle s’intéressait à l’œuvre du poète allemand… Gottfried Bürger (1747-1794), l’auteur de Lénore précisément. Un auteur très inspiré par le folklore des pays du nord, les légendes et par le conte populaire, le « Volksmärchen ». Et madame de Staël a fait un assez long commentaire de l’œuvre de Bürger, dans De l’Allemagne - qui sera finalement publié en 1814. Et précisément, elle insiste sur sa fameuse Ballade de Lénore, publiée à l’automne 1773, dans l’Almanach des Muses : c’est d’ici que débute véritablement le grand succès de cette ballade, et d’où va naître un genre littéraire complètement nouveau. Lénore est inspirée d’une autre ballade, publié quelque temps avant, en 1765, par Percy. Percy, c’est un érudit britannique, il a recueilli et édité d'anciennes ballades sous le titre de Reliques de l'ancienne poésie anglaise dont l’une correspond à celle de Lénore : Sweet William's Ghost. Un recueil d’inspiration donc. A partir de là, cette ballade a un très grand succès, et une diffusion rapide à la fin XVIIIe, début XIXe. C’est un classique, comme on dirait.

Aussi, l’on peut dire que Lénore est romantique, car l’histoire - comme la toile d’ailleurs ! - réunie les motifs du romantisme fantastique - cimetière, amant, cadavre, chevauchée, nuit… Et par conséquent, Lénore réuni tout ce qui relève des critères du « romantisme allemand » aux yeux des français de l’époque (1ère moitié du XIXe ), et avec lequel on peut établir des parallèles avec les poèmes d’Ossian, ou les écrits de Byron… Lénore, est un drame romantique littéraire par excellence. Nous sommes dans un univers « normal », l'action de Lénore se déroule en 1763, à l'issue de la guerre de Sept ans (1756-1763) après la paix de Hubertsbourg. Le pays voit rentrer ses troupes de soldats. Rien n’est plus légitime… C’est la règle de ce genre de récit : la règle du réalisme et de la vraisemblance. Une réalité  historiquement repérable par rapport aux remous de l’histoire… Seules quelques perceptions négatives ne  pourront être interprété qu’a posteriori -  ici, à partir du blasphème de Lénore. Puis, survient l’événement perçu comme extraordinaire: ici, c’est un truc complètement aberrant, quelqu’un frappe, Lénore va ouvrir, et qui est là : son fiancé ! Il demande à Lénore de le suivre aussitôt. A ce moment, on doute de quelque chose… Déjà, c’est inquiétant ce retour du fiancé. On peut noter tout le symbolisme qui va avec… il est minuit pile en plus, lorsque le chevalier arrive… Traditionnellement, « l’instant fantastique » à lieu à cette heure - le lecteur n’est pas dupe lui. Minuit, c’est l’heure intermédiaire, le temps de l’horloge et le temps mythique… Les péripéties : concernent la chevauchée fantastique. Une fois Lénore montée en croupe, le cheval part au grand galop, ils détalent vers des terres inconnues, étrangères, ou nouvelles… Lénore est morte de peur, le cheval galope encore plus vite. Et le fiancé ne sait dire que cela, l’enivrante leitmotiv : « les morts vont vites, les morts vont vites ! ». Enfin, la situation finale : la porte du cimetière s’ouvre toute seule lorsque le chevalier y frappe… le cheval et le chevalier se désagrègent et deviennent des morts vivants, et le sol s’entrouvre pour y engloutir tout ce petit monde… L’émotion ne naît pas forcément de la croyance. Tout est normal autour de cela, si ce n’est le retour du fiancé, mort, et la fin tragique des deux amants dans le cimetière. La raison reste en expectative. Car on ne sait pas trop à quoi s’en tenir, ni comment interpréter véritablement le récit de cette ballade. Et c’est là le propre du fantastique, tel que le défini Todorov, LE grand spécialise actuel du genre…

Ce genre littéraire a donc inspiré Horace Vernet. Cependant, je le rappelle, de façon vraiment tardive. Vernet a été un « romantique » comme on l’a dit, mais il avait abandonné ce mouvement avant 1830. Mais il semble malgré tout que certaine de ces œuvres aient conservé le « style des années 20 ». Et c’est ce qu’illustre parfaitement notre présente toile, La ballade de Lénore, qui cette fois appartient à ce qu’on a voulu nommer le « romantisme noir » - qui a été peinte en 1839 je le rappelle. Et cette ce tableau de Vernet a su rendre à cette ballade de Bürger la tonalité vraiment saisissante de ce drame, drame qui plus est, archétype du romantisme allemand. Pourquoi ? Notamment  par cette atmosphère médiévale - même si l’on a vu que l’action du texte de Bürger se passe au XVIIIe siècle… Donc Vernet à probablement préféré re-situer le déroulement de l’action dans un contexte plus… romantique au sens primitif du terme. Le romantisme ayant quelques tendances à exploiter le genre de décors ou de situation d’énonciation dit « gothique ». A rapprocher du « style troubadour » né à la fin du XVIIIe avec les élèves de David et sous la Révolution et l’Empire, style avait mit au goût du jour les scènes médiévales. Et rendu populaire par les écrits genre : notre dame de Paris, Génie du christianisme etc. Dans le but de trouver de nouveaux thèmes pour la peinture d’Histoire. Ce qui explique l’accoutrement de l’amant spectre ici présent, en armure médiévale. Ils ne sont plus tellement habillés comme ça au XVIIIe… On constate qu’une génération de peintres romantiques ont une grande fascination pour les ruines - rdv galants au milieu de vestiges ou de cimetières, le goût des cryptes, des chapelles, des grottes aussi… La poète allemand Novalis (1772-1801) avait déclaré que dans tout chef d’œuvre, le « chaos devrait briller à travers le voile de l’ordre ». Ce genre de fascination pour la ruine et le chaos sont probablement en opposition avec le genre « champêtre » ou « pastoral », genre trop identifié avec le style « rocaille » de la cour de Louis XV… Et c’est ainsi que d’assez nombreux peintres, qualifiés de « gothique romantique » se sont adonnés à quelques scènes du genre, ou de simples peinture de paysages, comme Friedrich par exemple, ses cathédrales en ruines… Cf.: Expo mélancolie.

Le paroxysme de l’horreur :

Vernet à opté pour la représentation de l’avant dernière scène de la ballade, qui se déroule justement dans un cimetière, colonisé par le lierre et les ronces… Et ce moment choisit par Vernet est le paroxysme de l’horreur, c’est à dire le moment où Lénore s’aperçoit de l’état de son fiancé !

L'atmosphère est inquiétante. Dans le tableau, sont réuni des symboles du récit noir et fantastique de l’époque. Donc, le cimetière bien sûr, avec le tombeau avec un gisant que le cheval franchit (Cf. : un gisant du Louvre = ressemblance avec celle de Charles V, 1374, église de Maubusson)  un tombeau du moyen âge donc. Les croix sombres des autres tombes au second plan… A l’arrière plan on peut voir assez peut distinctement un cortège assez sinistre, avec des moines - que l’on reconnaît à leurs capuchons - ils portent un cercueil - au dessus de la tête du cheval - et aussi une assez vague cathédrale gothique, une lune aussi qui apparaît derrière… On discerne même un petit hibou qui observe la scène, et dont les yeux brillent. En gros, tous les détails macabres qui peuvent coller avec le destin tragique de Lénore. Cette scène évoque la terreur suprême. On notera que Vernet à légèrement adapté la ballade : ici, Lénore, les cheveux à demi dénoués, est en train de soulever le heaume de son amant - dans la ballade, on nous dit juste que l’amant et le cheval se désagrègent, mais pas que Lénore porte la main pour ouvrir ce heaume. En fait, le geste de Lénore intensifie le dramatisme de la scène; c’est elle même qui, par sa curiosité s’aperçoit de l’état…très avancé de son fiancé. ça ajoute un mouvement de plus à la composition : tout bouge, le cheval - sans rêne -qui saute par dessus la tombe, Lénore donc, qui ouvre le heaume, et le chevalier qui retient la main de Lénore pour l’empêcher de s’enfuir, sûrement…

 

Mais surtout je pense, cet épisode nouveau à permis à Vernet un travail sur la puissance d’un éclairage assez particulier; le tableau ne semble éclairé que par la seule face hideuse du chevalier-squelette, emportant sa fiancée vers une fin fatale. Le tableau est quasi monochrome. Les influences du procédé lithographique auraient pu « déteindre » sur la peinture de Vernet. Il existe à l’époque de très nombreuses litho en couleurs, mais il est quand même vrai que le noir et blanc est aussi très courant - Ex: Metzengertein dans le genre chevauchée infernale n’est pas mal non plus - nouvelle de Poe qui était aussi devenu un sujet de fantasme pour Roger Vadim, bref… On pourrait se demander pourquoi Vernet n’a pas directement fait une lithographie… Mais rien qu’à y regarder le visage squelettique de l’amant presque translucide, il est incontestable que cet « exercice de style » rends l’ensemble de la composition réellement plus macabre qu‘un simple traitement en noir et blanc ! Ca accroît complètement l’effet ! Vernet maîtrise cette luminosité angoissante et fantastique - qui éclaire violemment le visage de Lénore, et qui met en relief l‘armure et reluire la robe du cheval aussi… Par cette exemple, il est vrai - et surtout pour ce genre de scènes - que, comme le dit Marcel Brion, cité dans la thèse de Claudine Renaudeau, on puisse parler de « souplesse et de moelleux des noirs » et de lithographie en tant que « moyen d’expression aussi efficace que la polychromie ". D'où une recherche, un exercice de Vernet sur la couleur certainement. Parce que je le rappelle, la couleur, ou plutôt la polychromie occupe une place de choix dans son œuvre… Avec cette lumière presque  « phosphorescente »  qui émane des orbites du mort et ces quelques troués rougeâtres du ciel étrange, qui renforce l’effet morbide de la scène. En même temps, cette presque seule source de lumière, qui plus est vraiment intense, attire franchement le regard du spectateur; donc, ça veut dire que si on regarde cette lumière, c’est qu’on regarde aussi ce que vient de découvrir Lénore: donc, le but ici voulu que le spectateur s’identifie, ou qu’il soit au moins autant surpris que Lénore !

Du mouvement, de l’impulsion, un sujet cher à Vernet qu’il avait déjà mis en œuvre dans ces batailles :

L’idée de représenter une scène avec un cheval n’est pas anodin pour Vernet. Déjà, on sait qu’il aime faire du cheval, il en fait avec son ami Géricault… et tous deux font des folies et prennent de gros risques d‘ailleurs ! En peinture, on l’a vu, il s’est donné à cœur joie de peindre des scènes équestres pleines de fougue dans ses scènes orientales de batailles romantiques.« Lorsqu’il peint des chevaux, qu’il s’agisse de batailles médiévales ou modernes, de fables poétiques, il se livre, comme Gros, Géricault et Delacroix, à cette identité romantique, avec la fureur des bêtes sauvages dont l’intensité des sentiments égale celle des acteurs humains du drame. » Ce cheval est un peu fabuleux ici… C’est vrai que, lorsqu’on regarde, lui aussi a un certain genre d’expression. Cette idée du cheval de la Mort / cheval de l’Apocalypse… Vernet profite de cette scène d’horreur pour accorder une recherche, un travail sur le sentiment peut-être même: la jeune femme, air terrifié, horrifié. Et le sentiment d’un animal, en l’occurrence, le cheval.

*  * *

Remarque de Virgile Jos : « le petit hibou qui jubile dans les ronces, la lune pâle qui fait herse derrière la vague cathédrale gothique… Dites si jamais le romantisme délirant a atteint cette expression ! ».

Un « exercice » de style ? - sur la couleur, sur l’adaptation en peinture d’une ballade à la mode et de sa course fatale…? Ou bien une manière d’exorciser ses « fantômes de Constantine » comme le suggère Claudine Renaudeau ? Une façon de passer à autre chose, de faire une transition, avant son voyage en Orient ? Bref, il en résulte un autre type de romantisme, le romantisme connu comme allemand aux yeux des français de l‘époque, celui de la mélancolie des ruines, du ravage de la passion amoureuse et de la détresse infinie… En tout cas, il en résulte, à mon sens, une traduction aussi étonnante qu’admirable de cette ballade allemande.

 

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dimanche 25 mai

Taxidermie mon amie

 

Le soliloque de l'empailleur


Le musée de la chasse et de la nature - oui, dit comme ça, ça craint (mais!):

Dans les années 90, ce musée, emprunt d’un propos vaguement encyclopédique - voir très « Bouvard et Pécuchet » – est à bout de course. Lorsque Jacqueline Sommer meurt – oui, c’était bien la femme du fabriquant de matelas - elle nomme son successeur. Mais il était pressant de changer la réputation de ce musée insipide et ringard, qui n’attirait même plus les chasseurs de canards…

Il fallait en redéfinir le sens – qui, entre colonialisme et collectionnite n’était plus très clair. Le malheureux Claude d’Anthenaise, est alors nommé à la conservation de ce triste musée – et là, tu te demandes ce qu’il t’a pris de passer l’un des concours les plus difficiles de France… Et ben le bougre, après un p’tit moment de stupeur, il reprend vite ses esprits ! Il commence alors un tour d’Europe des musées de chasse et de nature, pour trouver l’Inspiration.

Il en revient illuminé : ce musée sera « une promenade en forêt » doublé d’un cabinet de curiosité. A savoir : une virée dans des period room Louis XV et Louis XVI agrémentées – entre autre – d’anachronismes et d’animaux empaillés, et des cabinets absolument déments, où par exemple, un pommeau de douche côtoie des happeaux, un salon donne des preuves incontestables de l’existence des licornes… Pari réussi: ce musée pas du tout conventionnel vaut vraiment le détour. En plus, il est dans la Marais: l'occasion d'une autre ballade...

 

Karren Knorr et ses photos :

L'occasion de pondre, avec Adrien - oh la bougresse - ceci.

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La nouvelle qui tue :

Je viens d'apprendre que l'une de mes boutiques préférés à complètement brûlé. Avec tout son contenu magnifique. Je n'arrive pas à y croire. C'est parfaitement HORRIBLE !!! La boutique en question, c'est mon fournisseur de papillons : La maison Deyrolle. Tu vois monsieur Jabre, il n'y aura pas de prochaine fois...

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Quel insupportable gâchis !
(Ci-dessus, mes survivants...)


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jeudi 01 mai

BloodArt



Avril 2008: "Bloody kisses"
[sang, papier, Leica et Photoshop]



bloodykisses

Posté par Siss à 11:48 - A.R.T. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 27 avril

Bloodworks


De l'art contemporain où j'irai bien:

"Welcome in Albion !"


En plus de s'être bêtement fait embastillé et donc, de ne pas figurer parmi les invités des Papillons de nuit, Pete n'est qu'un sale copieur ! J't'en foutrais, moi, des poètes maudits, des écorchés vifs, des dandy décadents ! Pete peint avec son sang... Bon, entre autre, il me semble qu'il y a quelques dessins plus décents à l'encre et des photographies. Mais tout de même... Pfff. Moi, j'le faisais avant !

Et on peut en acheter un pour mettre dans le salon, derrière la banquette Louis XVI d'époque ? Assurément, mais il faudra compter de 23.000 à 66.000 euros pour les toiles, 15.000 euros pour les peintures sur papier et entre 500 et 1.250 euros pour les lithographies.


pete

21 rue Chappe
75018 Paris
Everyday from 2.00pm to 8.00pm

 


Posté par Siss à 11:53 - A.R.T. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 17 mars

Adolphe

Adolphe bercé par Schumann


"Un marivaudage tragique où la difficulté n'est point, comme chez Marivaux, de faire une déclaration d'amour, mais une déclaration de haine." Stendhal

constant

Adolphe, ne m’inspirant en rien, n’avait jamais retenu mon intention. Adolphe, je ne l’avais jamais ouvert pour savoir ce qu’il contenait. A propos, j’ai toujours trouvé troublant de nommer le livre par un prénom. L’ouvrage devient à lui-même un personnage. LE personnage. Par exemple, on va dire : « où qu’il est Adolphe ? ». Que penser lorsqu’il s’agit de Moby Dick ! On va croire que tu cherches une baleine dans ton sac !

En plus de l’exhorter à sortir de son terrier, on le feuillette, Adolphe. En écartant ses pages, on l’éventre. On lui barbouille la tronche de stylo bic et autres stabilos. Et puis, impitoyable, on le vivisectionne. Pauvre Adolphe, comme il devient indécent de lire les mots dans ta carcasse entrouverte ! Bref. Il me fallut entendre qu’il illustre l’un des cours de licence à Caen pour qu’Adolphe sorte de son impassible refuge. Que j’ouvre Adolphe. Et que je me plonge en Adolphe.

Et bien Adolphe tu vois, ça déchire sa race comme bouquin. Dans Adolphe, tout est simplement exprimé, exactement décrit, parfaitement analysé. Déchirant de justesse, Adolphe tend à l’universel.

En 2002, Benoît Jacquot tourna Adolphe. Parce qu'Adjani le demanda. Le scénario invoque généreusement les phrases marquantes du roman. Sollicite les moments qui vont effleurer le spectateur adulte. Le film est agréablement reçu. On le trouve inquiétant, à fleur de peau, poignant. Mais n’est-ce pas, après l’Adjani, Constant que l’on célèbre à nouveau ? Qui, de nos jours, pondrait un scénario aussi touchant ? Pour moi, Benoît Jacquot n’adapte pas. Benoît Jacquot fait son peintre et ne prend aucun risque. Assisté d’une équipe exercée, il illustre. Et parfois, de bien belle manière.

La plus jolie, pour moi, ce sont les pathétiques premières secondes du film. L’Adjani, drapée comme une morte derrière le Merhar appelle Adolphe. Désespérément. Le Mehrar ne l’entend pas, la voit seulement. Alors, le Merhar se retourne. La caméra s’éloigne. Le Mehrar est devant un miroir. Retour de point – enfin, floutage de l’arrière plan et donc du miroir et de l’Adjani. Changement de plan, on suit le regard du Mehrar : il n’y a rien derrière lui. Noir. Générique du début.

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Une fantaisie de Jacquot consiste donc commencer son film par une scène "hors livre". Cet instant, original et dépouillé, illustre désormais l'existence d'Adolphe après la mort de la gentille Elénore, qui, tel un spectre, n'en fini pas de le poursuivre. Joli film, mais pas grand chose en commun avec la lecture du livre.

* * *

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"Adolphe, pourquoi vous acharnez-vous sur moi ? Quel est mon crime ? De vous aimer, de ne pouvoir exister sans vous. Par quelle pitié bizarre n'osez-vous rompre un lien qui vous pèse, et déchirez-vous l'être malheureux près de qui votre pitié vous retient ? Pourquoi me refusez-vous le triste plaisir de vous croire au moins généreux ? Pourquoi vous montrez-vous furieux et faible ? L'idée de ma douleur vous poursuit, et le spectacle de cette douleur ne peut vous arrêter ! Qu'exigez-vous ? Que je vous quitte ? Ne voyez-vous pas que je n'en ai pas la force ? [...] Est-il un pays où je ne vous suive ? Est-il une retraite où je ne me cache pour vivre auprès de vous, sans être un fardeau dans votre vie ? Mais non, vous ne le voulez pas. Tous les projets que je propose, timide et tremblante, car vous m'avez glacée d'effroi, vous les repoussez avec impatience. Ce que j'obtiens de mieux, c'est votre silence. Tant de dureté ne convient pas à votre caractère. Vous êtes bon ; vos actions sont nobles et dévouées : mais quelles actions effaceraient vos paroles ? Ces paroles acérées retentissent autour de moi : je les entends la nuit ; elles me suivent, elle me dévorent, elles flétrissent tout ce que vous faites. Faut-il donc que je meure, Adolphe ? Eh bien, vous serez content ; elle mourra, cette pauvre créature que vous avez protégée, mais que vous frappez à coups redoublés. Elle mourra, cette importune Ellénore que vous ne pouvez supporter autour de vous, que vous regardez comme un obstacle, pour qui vous ne trouvez pas sur la terre une place qui ne vous fatigue ; elle mourra : vous marcherez seul au milieu de cette foule à laquelle vous êtes impatient de vous mêler ! Vous les connaîtrez, ces hommes que vous remerciez aujourd'hui d'être indifférents ; et peut-être un jour, froissé par ces coeurs arides, vous regretterez ce coeur dont vous disposiez, qui vivait de votre affection, qui eût bravé mille périls pour votre défense, et que vous ne daignez plus récompenser d'un regard."

Adolphe est en ligne ici.

Musique : R. Schumann, Quintette avec pianos opus 44.

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mardi 26 février

Ardenne (suite)

L1000865

Et puis une pouf, tiens. Gratos :

L1000860


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Blood art

Le blood'Art. Une activité sissinienne des années 2003 à ce jour. Un Art hautement facilité par ses saignements de nez. Après avoir sniffé quelques traits bien tassés:


bague

nerver_a_princess

Et la plus impressionnante pour finir :

sorb_tachesblog


...nan, je déconne pour la dernière. Il s'agit d'une de mes photos prise devant la Sorbonne, en plein blocage (CPE). mdr lol ptdr kikoolol

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Fufu (kikoolol mdr)

fufu

Un gros rat croisé chameau au stylet (msn)



  fayoum
Le même. Style portrait de Fayoum.

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Vanity Fair: ‘The Hollywood Issue’

Oh, c'est rigolo !! C'est dans le Vanity Fair de ce mois ci. C'est vrai que Hitch, ça pête quand même plus que Pirates des Caraïbes, bien que je casserai tout de même bien les petites pattes arrière des deux recrues mâles...

 

Ci dessous un petit aperçu:

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Posté par Siss à 00:07 - A.R.T. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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