dimanche 08 février
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jeudi 11 septembre
Mode
"Parceque nostre
changement est si subit et si prompt en la mode que l'invention de tous
les tailleurs du monde ne sçauroit fournir assez de nouvelletez, il est
force que bien souvent les formes méprisées reviennent en crédit, et
celles-là mesme tombent en mespris tantôt après."
Montaigne, Essais, Liv. I, chap. XLIX
mardi 13 mai
Injonction
Rappel à l'Ordre
mardi 29 avril
Il y a 19 ans...
Les blancs d'œufs
Bonne-maman, c'est à dire ma grand-mère, participe à la mise en scène d'un petit groupe de théâtre local. Ce week-end avait lieu la première de leur nouvelle représentation. Quand y a fête au village, autant te dire que ça brasse du gueux - et du moins gueux aussi - de tout l'"canton"...
Moi perso, j'y met plus les pieds depuis que j'avais décollé, un à un, des dizaines de post-it "réservés" illégalement collés par une famille - étendue - de gueux sur la meilleure rangée de chaises. T'aurais vu leur sale trogne de pécores agressifs lorsqu'ils s'étaient aperçus qu'ils devraient, faute de place, poser leurs fesses sur des tabourets ! C'était jouissif - j'adore rendre justice hé hé hé lol...
Bref ! ça on s'en fiche. Le truc, c'est que bonne-maman, elle a rencontré mon instit' quand j'étais en maternelle. Madame G. qu'elle s'appelle. Et madame G., bizarrement, elle se souvient grave de moi. Tu vas savoir pourquoi...
Madame G., elle commence par dire à ma grand-mère qu'elle a toujours su que je serai une artiste - gné ? En fait, madame G., elle a tapé mon nom et mon prénom sur google, et elle est tombée sur une bande annonce, des photos, et quelques cochoncetés qu'il vaut mieux pas regarder. Donc oui, certainement, je suis une artiste - qui peint avec son sang aussi.
RE-bref ! C'est là qu'elle raconte une anecdote à bonne-maman. Et je te raconte pas comment j'ai bien fait de pas être venue !
Un jour madame G. montait en neige des blancs d'œufs et elle expliquait à ses grumeaux, assis parterre devant elle, qu'elle allait mettre ces blancs d'oeufs dans le gâteau. C'est alors que moi-même, je me lève, je me penche et regarde son saladier plein de blanc d'œufs en neige, et que je lui sort : "c'est pas des blancs d'œufs qu'on met dans le gâteau, c'est de l'al-bu-mine"*.
Je venais d'avoir trois ans.
* God, que c'est moche ce mot !
mercredi 02 avril
Monologue
Le Regret
Paris. XIXe siècle finissant. Un vieil homme est en train de mourir. Il est seul sur son lit. Au début du monologue, il est encore assez vivace. Il faiblit parfois. Jusqu’à finir couché. Les rideaux sont tirés ; La pièce est éclairée par les bougies d’une lampe bouillotte aux flammes vacillantes.
Le mourant : J’ai eu milles bonnes raisons. Mais je n’en avais plus aucune. J’ai lentement perdu mon audace et mes prétextes. J’avais chaque fois remis à plus tard ma décision. Je m’étais fané. Et, dépérissant, je me débattais en vain contre mon heure qui arrivait si rapidement. Pourquoi ne pas avoir décidé plus tôt ? Parce qu’il était tôt justement… Je le croyais. Du moins, on me l’avait fait croire. Je laissais faire. J’avais le temps. Mais le temps passait. Je ne l’avais pas vu filer. Je voulais rester jeune pour toujours. Je ne voulais connaître que les plaisirs de la vie. Je ne voulais pas connaître la vieillesse. Je ne voulais jamais souffrir. Mais je souffrirai. Je souffrais, déjà. D’autant plus que le regret de n’avoir pas fait ma besogne à temps me rongeait au plus profond de mon être. Cette vie que je n’avais pas eue de raison d’aimer, plus le moment approchaient, plus j’avais la sensation de la quitter pour rien. Je n’avais pas été utile à quoi que ce soit. Je n’avais fait que de la supporter. J’avais, comme un parasite, persisté à rester là, pour rien d’autre qu’une existence médiocre. Comme ma vie avait été fade ! Comme j’avais été convenable ! Comme je n’avais pas accompli un seul de mes ardents projets !
J’avais été jeune, pourtant. L’on me croyait brillant, et promis à une honnête carrière. Je me souviens avoir été exalté. Oh Dieu, comme mon cœur bat de plus belle lorsque j’évoque ce souvenir ! J’avais aimé ! J’aurai tué. J’aurai donné ma vie pour la belle Ophanny… Ma vie était médiocre ; je pensais la grandir par le suicide absurde que je commettrais. Je considérais mon acte ; il serait superbe. Comme l’on m’aurait regretté sûrement ! Si jeune, mourir si jeune ! Et cette adorable personne, elle n’aurait plus vécu que dans l’ombre insupportable de son amant sacrifié ! Comme elle en aurait été affectée ! Quelle punition cela aurait pu faire ! Comme elle aurait été coupable ! Comme j’aurai existé ! Comme j’aurai soudain laissé traîner derrière moi, comme une mue, ma misérable existence de petit notable pour sitôt revêtir la charge de l’amant éternel, et par mon jeune âge, encore épargné de mes fautes à venir ! Je me serai présenté devant le grand Dieu, mûr et déterminé depuis l’extravagance de mon geste, et lui aurait dit de ma voix la plus pure : « me voici ».
Et pourtant, mon entourage, puis ma raison, m’en avait empêché. L’on tentait de me faire croire j’eusse été grotesque. Que j’étais jeune, justement. Que mon odieux geste aurait brisé mes proches. Que ma vie débutait seulement. Qu’il était courant des jeunes gens de mon âge de prendre leurs premiers amours pour des maux incurables. Que bientôt, je grandirais. Et que de toute façon, je n’avais pas le droit.
Je ne m’étais donc pas tué, pensant qu’il y aurait d’autres occasions plus tardives de mettre encore plus brillamment fin à mes jours. Et curieusement, plus le temps passait, et plus je me faisais une raison de vivre. Non pas parce que je commençais à prendre goût à mon existence, mais parce qu’il le fallait. Je devins effectivement adulte. Les promesses d’un florissant avenir s’en étaient allées. Ma vie, sans être déplaisante, pris bientôt le cours d’une abjecte routine. La mort commençait à emporter les membres les plus âgés de ma famille. Les obstacles à ma décision se dissipaient peu à peu. J’allais bientôt devenir seul et faire le moins de peine. Les amis, c’est autre chose, ils ne sont pas lié du même sang. Les amis peuvent vous comprendre.
Mes rêveries me quittèrent peu à peu. Mes émotions se faisaient moins vives. Bien que toujours attaché à mes jeunes projets, n’oubliant pas qu’il me faudrait, un jour, choisir le moment de ma fin, la monotonie de mes heures m’avait insensiblement laissé entre les bras d’une douceâtre léthargie. Et, ne trouvant plus la bonne raison qui eut pu motiver mon geste, je reculais sans cesse le moment de ma disparition plutôt que de m’y préparer.
Jeune, je pensais régulièrement à me détruire. Et voilà qu’aujourd’hui, face à Elle, je m’obstine furieusement à vivre. Je donnerai tout pour échapper à mon affreux destin. Délirant, je m’imagine des situations absurdes, des humiliations, des brimades, je regarde dissiper mes biens et ne plus rien avoir ; regardez, la nuit, regardez comme on m’y jette dans cette nuit glaciale ! Et je trouve refuge, en haillons, parmi quelques vagabonds peu avenants. Je m’étends à même le sol sur le pavé humide, roulé dans une couverture malsaine : comme j’y suis bien. Comme je sens le froid, et comme je commence à me réchauffer ! Je fixe les volutes de fumée s’échappant de ma bouche en formes vaporeuses. Merveilles indociles. Comme je me sens vivre ! Comme je n’ai pas peur. Cette peur finale.
Mais ce froid fictif commence à engourdir chacun de mes membres. J’ai réellement froid. Je ne maîtrise plus rien. Je meure, je me détruis. Je suis en train de tout perdre. Mes biens, et surtout mes œuvres d’arts, tellement convoitées et méticuleusement accumulé dans mes appartements depuis quelques années. Je ne les ai pas suffisamment aimées. Il me restait tellement à découvrir d’elles. Je les aimais. Et je les perds. On me les vole ! Là ! Autant que l’on me vole ma vie ! Crime éternel ! Crime impuni !
(A bout de force, l’homme retombe sur son lit. La bougie s’anime de plus en plus rapidement. La lumière baisse. Voie off du même homme, plus lointaine.)
Le corps ne répondait plus. L’esprit ne me quittait pas encore. Je me disloquais en deux morceaux. Je fus soudainement pris de panique. Je pleurais de rage et de souffrance. Mes yeux ne produisaient déjà plus de sel. Mon visage ne se crispait pas. C’était mon âme, mon cœur qui criait. Qui me reprochaient, dans ce dernier chant terrible, de ne les avoir pas fait vivre.
Je m’éteignais sans avoir su quoi faire de mon existence, sans même avoir disposé du seul véritable choix qu’il est permis aux Hommes : celui de choisir le moment de leur propre perte.
†

St Sulpice, chapelle des Saints Anges,
mardi 26 février
Freud: délire (kikoolol, mdr, ptdr)
_ Il est pas mort Freud ?
_ Jamais tout à fait.
_ Oui, c'est là le problème !
_ Il a écrit, il a parlé...
_ Surtout écrit.
_ Des conneries ?
_ Pas mal.
_ Il viendra pas alors ce soir ?
_ Je pense pas.
_ Il est où Freud ? Il est où ?
_ Mais non, laisse.
_ Mais si ! Au contraire : Sigmuuuuuund ?
_ Tais toi connasse, on pourrait t'entendre !
_ Mais pourquoi il vient pas ??
_ Espace virtuel, intelligence artificielle.
_ Très chère, vous êtes toujours aussi superficielle.
_ Moi c'est ainsi que je vous aime...
Paris, 2006
Derrière les fenêtres:
Le satyre
« Oui, toi en face là, qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ? Ça
t'intéresse de voir comment j'épluche ma clémentine ? Tiens, bah j'vais
finir dans le fauteuil. Je vais même la bouffer dans le fauteuil aussi,
comme ça tu me verras plus.
Putain... mais c'est un monde ça, tu persistes ! T'as donc rien
d'autre à foutre ? J'ai horreur qu'on me matte quand je bouffe ma
clémentine. Et toi là, à la fenêtre tu mattes, tu mattes, tu mattes...
Et tu t'en caches pas en plus ! Mais merde à la fin, moi qu'essaye de
faire des économies de lumière, je vais sûrement pas fermer mon store
pour toi !
Ah ? C'est peut-être parce que j'ai pas de rideaux ? Et alors ?
Bah oui mon gros kéké, c'est habité même si y'a pas de rideaux. Depuis
un bout de temps même hein...
Ahhhh...? Mais qu'est ce qu'il me fait là ?! Mais il s'étire le
satyre ! Euuuuh, tu transpires ? Et non, arrête là, c'est trop drôle !
C'est pour ça que tu t'essuies le front dans ton t-shirt ? C'est pour
me montrer ton vieux bidon ? Bébidonc, tu devrais te remettre un peu
aux abdos toi, ça te ferait pas de mal...
Tiens, regarde la tête que je fais là, regarde quoi, merde : ''bwergheeeeurk'' Mais regarde quoi ! ''bwergheeeeurk'' J'ai mal à la bouche là... Ah enfin ! Ça y est ! T'es cassé hein. Pauv' bête va... En plus t'étais moche. »
Tableau parisien, 2005
Tableau numéro 3: un midi au jardin du Luxembourg
Sur un fond violoncelle, jardin du Luxembourg: sur bordure d'arbres
cuivres, au loin déborde, la tour Montparnasse. Un gros pigeon nacré
rode prêt de mon banc et s'apprête à sustenter ses plumeuses entrailles
de mes intentionnelles miettes. Il guette, l'air bête, décrivant
d'insipides cercles, et sa gorge violette chatoie un métal scarabée.
Puis, transportant sa tête convulsivement, polit le duvet indocile.
Déjà un escadron de moineaux piaillant s'unissent plus proches,
concurrencent le pigeon mécanique. En plein vol ils décrochent mes
pingres morceaux de tartines. Stupéfaction. Rapace précision. Prouesse
de leurs luisant petits yeux noirs; perles d'exactitude.
Plus loin un pigeon unijambiste tente une apparition craintive « Ceci pour ton plumage maladif: attrape ! ».
Le gros pigeon indécis retente une approche. Déjà les audacieux
moineaux ingurgitent hâtivement le débris destiné. Piteux pigeons. Les
deux volatiles à l'encolure de moire, unis s'éloignent, vers un autre
banc. Pour une autre défaite.
Paris, Mardi 8 novembre 2005
Sels
Les étoiles
"Elle a pleuré des larmes d'étincelles
Et voulant réveiller ses mains d'azur
Obstinément elle a perdu son sel
En poursuivant les luisantes brûlures,
Allongée sur la neige, ainsi soit t-elle."
2004









